L’arrivée de Shein au 6ᵉ étage du BHV a d’abord été présentée comme un levier de relance : créer du buzz, attirer un nouveau public, retaliser un magasin en difficulté. Un mois plus tard, l’opération offre surtout un cas d’école sur la gestion des risques commerciaux, d’image et de gouvernance dans un grand magasin historique.
Le « coup d’éclat » des premiers jours : un trompe-l’œil
Les 50 000 visiteurs annoncés dans les premiers jours traduisent un pic de curiosité plus qu’une dynamique installée. Très vite, les observations de terrain convergent : allées qui se clairsement, absence de hausse durable de fréquentation, climat général qui ne se transforme pas.
En termes d’exploitation, l’opération ressemble davantage à un feu de paille qu’à un véritable moteur de fréquentation.
Des rayons qui se vident, des marques qui s’en vont
Les effets les plus structurants se jouent en interne :
– retrait de plusieurs marques historiques,
– abandon du pop-up store Disneyland Paris et des vitrines de Noël,
– espaces vacants et étages qui paraissent désorganisés.
Concrètement, le BHV voit se dégrader son mix enseignes, son niveau d’animation et la lisibilité de son parcours client. Pour un grand magasin, ce sont des indicateurs critiques : ils conditionnent la valeur d’usage du site autant que sa performance économique.
Une rupture avec la mairie et un désaveu politique majeur
La prise de position de la Ville de Paris, hostile à l’implantation de Shein, et l’abandon d’animations conjointes en période de Noël créent un précédent.
Pour un acteur implanté en cœur de capitale, cette dégradation de la relation avec les partenaires institutionnels ajoute une couche de complexité : moindre capacité à co-construire des temps forts, perte de soutien symbolique à des moments clés du calendrier commercial.
Un décalage stratégique pour un grand magasin patrimonial
Au-delà de l’effet médiatique, l’opération met en tension plusieurs dimensions structurantes :
- la promesse historique du BHV, ancrée dans un imaginaire parisien et créatif ;
- la montée en puissance des attentes RSE autour du retail ;
- la nécessité de clarifier un positionnement entre accessibilité, expérientiel et sélectivité des enseignes.
Le choix de Shein comme vecteur de relance crée un décalage perceptible entre l’ADN patrimonial du lieu et l’image de l’enseigne invitée. Ce décalage complique la construction d’un récit cohérent pour les équipes, les marques et les clients.
Une opération qui a accru, et non réduit, la crise du BHV
Avant l’arrivée de SHEIN, le BHV était en difficulté mais demeurait un symbole parisien doté d’un capital affectif immense.
Un mois plus tard :
- L’image est abîmée, voire durablement entachée.
- La clientèle traditionnelle se détourne.
- Les marques partenaires prennent leurs distances.
- Les perspectives de repositionnement sont brouillées.
- Le magasin semble plus vulnérable que jamais.
L’épisode Shein-BHV rappelle qu’un grand magasin n’est plus seulement un espace marchand : c’est un support de marque, un acteur urbain, un actif relationnel.
Dans ce cadre, les stratégies de “coup” ont un rendement limité si elles ne s’inscrivent pas dans une trajectoire claire de repositionnement, articulant expérience, cohérence d’image et durabilité.
Le buzz n’a rien réglé. Il a amplifié la crise.
En conclusion : un pari perdant sur toute la ligne
« Faire du buzz » avec SHEIN au cœur du Marais était présenté comme une renaissance.
Un mois plus tard, la réalité est simple : L’opération n’a pas généré de trafic durable, a détruit des partenariats, a provoqué une rupture politique, a fragilisé les équipes, et a altéré l’image du BHV.
En clair : non, le buzz n’en valait pas la chandelle. Il a coûté bien plus qu’il n’a rapporté. A moins que le l’effet escompté se situe ailleurs

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