Entretien avec Bertrand Courtois-Suffit, pionnier du MAPIC

À deux semaines de l’ouverture de la 30e édition du MAPIC (4–5 novembre, Cannes), Bertrand Courtois-Suffit nous reçoit à la FACT, où il préside la Commission technique. Consultant, ex-directeur de centres majeurs (O’Parinor, Évry 2, Vélizy 2), lauréat du ICSC Trustees Distinguished Service Award (2004) qui souligne son engagement bénévole au sein de l’organisation, il a traversé toutes les éditions du salon. « J’y vais en visiteur, le nez au vent », confie-t-il en souriant. Et pourtant, depuis trente ans, il a contribué à façonner des liens, des formats et une culture commune.

À propos du MAPIC

Le MAPIC (Marché international professionnel de l’implantation commerciale et de la distribution) est le principal rendez-vous mondial du retail real estate, organisé à Cannes depuis 1995. Pour son 30e anniversaire, l’édition 2025 adopte un format concentré sur deux jours (4–5 novembre) au Palais des Festivals, suivi le 6 novembre du NextGen Retail Day (sur invitation), consacré aux talents et aux nouveaux usages. L’événement mêle exposition, rendez-vous d’affaires et conférences sur les mutations du commerce, dont l’intégration de l’IA dans l’expérience client et les opérations.

« Le MAPIC, c’est l’offre qui rencontre la demande »

Dès l’origine, le salon s’est voulu place de marché. Courtois-Suffit rappelle la genèse : le MIPIM existait déjà, et Thierry Renault a eu l’idée d’un rendez-vous dédié aux acteurs de l’immobilier commercial.

Depuis sa création, l’organisation n’a pas manqué d’ingéniosité pour répondre aux attentes de ses exposants. Dès la deuxième édition, le MAPIC offre un stand à l’Amicale des Directeurs de Centre pendant quelques éditions — une belle manière d’animer le salon et d’apporter des leads aux retailers.

Un format 2025 recentré sur la rencontre

Cette année, le MAPIC se tient sur deux jours, se recentre sur l’Espace Riviera et abandonne le sous-sol du Palais. « Ils se sont recentrés, ils ont beaucoup réfléchi. On va découvrir ensemble ce nouveau MAPIC sur deux jours. D’après ce que j’ai compris, il y a plus de participants et plus d’enseignes que l’an dernier ; cette édition semble bien partie. »

Le MAPIC est un lieu où l’on noue de nouvelles relations, où l’on retrouve ses partenaires pour échanger au-delà de l’opérationnel, relancer des dossiers et identifier des missions complémentaires.

Concrètement, le calendrier resserré réduit les créneaux de conférences et de tables rondes. Le groupe juridique européen (ICSC) fondé par Bertrand Courtois-Suffit, avec lequel il a souvent animé des sessions, n’a pas de créneau cette année — « Avec ce format plus court, il ne paraît pas judicieux de consacrer une demi-journée à la réflexion, aussi pertinente soit-elle » — au profit, notamment, d’un French Summit réunissant des personnalités de premier plan : Marie Cheval (Carmila, présidente de la FACT), Maurice Bansay (Apsys) et Alain Taravella (Altarea).

La magie de Cannes

Bertrand Courtois-Suffit souligne l’efficacité logistique d’une ville compacte dotée d’un parc hôtelier conséquent, d’un Palais central et d’un aéroport international tout proche.

« Le MAPIC déborde du Palais : du petit-déjeuner à l’après-dîner, on se croise partout. Dans une grande métropole, tout le monde se disperserait. »

Anecdote de “vétéran” : les deux premières années, un soleil radieux aimante les déjeuners dans les restaurants de plage ; la troisième, la pluie ramène tout le monde sur les stands — « et c’est tant mieux pour les affaires ». À la fermeture du salon, on a souvent gagné du temps sur des relances.

2021, la renaissance et la synergie

L’édition qui l’a le plus marqué est 2021, l’année de la renaissance post-Covid. « Le MAPIC a offert une très belle salle au Security Working Group européen que j’anime depuis 2015, et un badge d’accréditation aux trente participants. Nous avions également animé une conférence : notre sujet collait à l’actualité du moment. Je reste très reconnaissant au MAPIC pour ce geste. » Preuve qu’un salon professionnel peut aussi accueillir un évènement des communautés métier.

Trois visages pour un même cap

Dans sa mémoire, les trois directions du salon ont laissé des empreintes claires.

  • Thierry Renault, fondateur et bâtisseur, a développé le MAPIC — avec à ses côtés Nathalie Depetro, d’abord au commercial, qui grandit avec l’événement.
  • Nathalie Depetro, ensuite directrice, déploie la marque (Italie, Inde, Russie à l’époque) et fait passer le cap du Covid.
  • Francesco Pupillo prend maintent le relais et fait évoluer le format pour qu’il reste « un grand moment ».

« C’est une organisation fidèle et loyale. Je suis fier d’être compté parmi ses pionniers. »
Souvenir marquant : pour le 20e anniversaire, Nathalie Depetro fait ceinturer le Palais d’un tapis rouge sur lequel figure des étoiles au nom des pionniers. La pluie et les 3 jours de foule dégradent le tapis, mais chacun reçoit son étoile au bureau, découpée dans un second tapis — « une attention qui en dit long ».

Le mode d’emploi (très) franc pour un primo-participant

Approche personnelle de Bertrand Courtois-Suffit : peu de planification, quelques RDV clés, et la liberté de sortir du salon pour poursuivre une discussion. Son conseil aux nouveaux venus, toutefois :

  • Préparer sa cible via la liste des exposants (secteurs, géographies) ; venir exposer si c’est pertinent ; présenter au salon un stand clair.
  • Enchaîner les rencontres sur 48 h (clients, prospects, grands groupes, startups, agence immobilière, immo), visiter les stands priorisés, passer par les pavillons thématiques.
  • Planifier un J+7/J+30 (visites, data-room, suites) et profiter du salon pour caler les rendez-vous

Message à la Next Gen : un « Erasmus commercial »

À l’heure des visioconférences permanentes, il plaide pour le retour au contact. Il se souvient de l’ICSC Summer School (quatre jours d’immersion annuelle) :

« Le premier soir, chacun reste avec les siens ; dès le lendemain, un groupe s’est formé, les business cards ont circulé et tout le monde se parle. C’est la magie de ces formats. »
Pour que la relève en bénéficie, encore faut-il que les employeurs accordent temps et budget. « C’est nécessaire pour partager nos pratiques et nous mettre en perspective. »

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