Avec le confinement ou le couvre-feu, les soirées deviennent l’occasion de profiter de ce temps suspendu pour voir ou revoir des films qui ont marqué l’histoire du cinéma… et de l’architecture. Alors que TCM a consacré un cycle à King Vidor avec notamment Le Rebelle (The foutainhead), nous nous sommes amusés à dresser une petite sélection de nos films préférés dans lesquels l’architecture tient, sinon le rôle principal, en tout cas une place marquante. Une sélection subjective et assumée comme telle.

Commençons par Le Rebelle, donc qui, en 1949, met en scène Gary Cooper en architecte génial et intransigeant évoluant dans des décors d’un magnifique noir et blanc. Sans doute parmi les plus beaux plans de bureaux pour parler du rapport tourmenté d’un architecte avec la création. 

Bien des films ont su employer l’architecture comme décors souvent inoubliables, L’inhumaine de Marcel Lherbier (1924) est un monument du cinéma muet, mais aussi un feu d’artifices dédié au cubisme et à la géométrie dans des décors de Robert Mallet-Stevens et Fernand Léger. A voir si possible dans la version restaurée de 2014 qui a révélé les couleurs d’origine avec ses plans de nuit bleutés. 

On ne peut oublier non plus l’interminable escalier de la Villa Malaparte dans Le Mépris de Godard, sous le soleil jaune brûlé de Capri en 1963. 

Ni les plans de Sean Penn perdu dans des décors de tours de bureaux impressionnants de beauté glacée dans le Tree of Life de Terrence Malik, palme d’or à Cannes en 2011.

Décors réels mais pourtant totalement hallucinants dans Brazil de Terry Gilliam (1985), dont certains plans sont tournés dans les Espaces d’Abraxas, créées par le maestro Ricardo Bofil à Noisy-le-Grand. Ça vous dit quelque chose mais vous n’avez jamais vu Brazil ? C’est normal, c’est Hunger Games de Gary Ross (2012) qui se rappelle à votre bon souvenir puisque de nombreuses scènes des différents opus y ont été tournés.

Parlons toujours des décors réels, avec The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (2014), en réalité l’ancien grand magasin Görlitzer Warenhaus, créé par l’architecte Carl Schmans à Görlitz en Allemagne.

L’architecture de la vile est souvent utilisée comme réflexion sur la métropole et le rapport de l’homme et de la ville. La ville où se concentrent les innovations techniques et les masses qu’elle broie dans la machine d’une modernité en marche.

Métropolis de Fritz Lang (1927) décrit une société dystopique qui sépare l’humanité entre ville haute et ville basse dans des décors de machines folles. Considéré par l’Unesco comme « le symbole d’un modèle d’architecture cinématographique du futur », il devient en 2001 le premier film inscrit sur le Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO

Plus proche de nous, Blade Runner de Ridley Scott (1987), d’après la nouvelle de Philip K Dick (Les androïdes rêvent-il de moutons électriques ?), reste un modèle de société d’anticipation oppressante, lourde et décadente, devenu culte.

Poussons encore plus loin la désespérance et citons Soleil vert de Richard Fleischer (1973), qui semble aujourd’hui tellement prémonitoire d’un monde si pollué que la nature et les animaux ont disparu de la surface de la terre. Glaçant et bouleversant. 

Anticipation toujours mais irriguée par la pop culture qui a bercé notre enfance de quadras, Ready Player One de Steven Spielberg (2018) nous projette aussi dans un univers ravagé par les guerres mais où la réalité virtuelle est un exutoire à la réalité du monde. Un film bourré de références aux BD, jeux vidéos et films cultes des années 80.

Anticipation encore avec Le Cinquième élément (1997) de Luc Besson, qui nous fait voler dans une ville irréelle et glaciale. 

Comment ne pas citer également Tim Burton et son Batman (1989) ? Nous avons forcément été marqués par les rues de Gotham City et le fantastique Manoir Wayne. 

Et puisqu’on parle de Batman, on doit à Christopher Nolan, réalisateur de plusieurs opus de la série, la scène magistrale d’Inception (2010) de retournement et écroulement de la ville. Vous avez déjà vu mieux ?

La ville réelle comme personnage sous la caméra de Wim Wenders dans Les Ailes du désir (1987), où l’architecture d’un Berlin nocturne avant la chute du mur devient le cadre d’une poétique et mélancolique errance. 

Mélancolie, jet-lag et dépression ? Forcément Lost in Translation (2003) de Sofia Coppola qui nous emmène errer dans les rues de Shinjuku et regarder Tokyo au travers des vitres du Park Hyatt. 

Le dialogue entre l’architecture et le cinéma existe depuis la naissance du 7ème art, Le Corbusier vouait d’ailleurs une grande admiration à Eisenstein, citant le cinéma et l’architecture comme les deux arts les plus spécifiques de la modernité. Les exemples sont tellement nombreux que l’article ne suffit pas à tous les recenser. Et vous, par quels films et quels plans d’architecture avez-vous été marqués ?

Julien di Pizzo

Références

http://www.lafuriaumana.it/index.php/67-archive/lfu-34/796-t-d-ville-architecture-et-cinema

www.tema.archi.com

www.cinearchi.org

Publié par :narvalthomas

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